Procès d’Abdelkader Merah: Condamné à 20 ans de prison, pour le frère de Mohamed Merah

Abdelkader Merah devant la cour d’assises spécialement composée de Paris. — Benoit Peyrucq/AFP

Abdelkader Merah a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle, assortie d’une période de sûreté aux deux tiers, pour «association de malfaiteurs terroriste».
En revanche, il n’a pas été condamné pour «complicité d’assassinat».
Fettah Malki a été condamné à une peine de 14 ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sûreté aux deux tiers pour «association de malfaiteurs terroriste».
Ce dernier a annoncé qu’il allait faire appel.
L’attente aura duré près de huit heures. Huit heures de débats entre les cinq magistrats de la cour d’assises spécialement composée de Paris, chargée de juger Abdelkader Merah et Fettah Malki.

« Mohamed Merah a-t-il bénéficié d’une aide physique pour le repérage, la préparation de l’action et la revendication des actions » ? A cette question le policier a répondu non, tout en précisant que deux autres aspects d’une possible complicité seront abordés ultérieurement par d’autres policiers. A savoir : « Comment Mohamed Merah, petit délinquant de cité, s’est-il transformé en terroriste et cette transformation s’est-elle opérée sous l’influence d’un tiers ? » et : « Est-ce que Mohamed Merah a bénéficié d’une aide matérielle et d’un soutien financier ? »
Dupond-Moretti critique le policier
Or, c’est précisément sur ces fondements que l’accusation a décidé le renvoi aux assises d’Abdelkader Merah, accusé d’avoir favorisé la radicalisation de son frère et, en connaissance de cause, participé au vol du scooter utilisé pour commettre les assassinats.
Bien que plutôt favorable à son client, le témoignage du policier a été critiqué par l’avocat d’Abdelkader Merah, Me Eric Dupond-Moretti, qui a fait remarquer au témoin qu’il lisait un rapport sur des actes d’enquête auquel il n’avait pas participé, privant ainsi la défense de la possibilité d’exercer le contradictoire. « Et si Abdelkader Merah ne vous avait pas dit qu’il était avec son frère lors du vol du scooter, l’auriez-vous su ?, a-t-il demandé. « On ne l’aurait pas su », a convenu le policier.

Il s’agit de la peine maximum encourue pour cette infraction criminelle. En revanche, il a été acquitté pour les faits de « complicité d’assassinats ». Son coaccusé, Fettah Malki, a lui été reconnu coupable de tous les faits qui lui étaient reprochés. Il a été condamné à une peine de quatorze ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sûreté aux deux tiers. Tous deux seront inscrits au FIJAIT, le fichier judiciaire des infractions terroristes et disposent de dix jours pour faire appel.
Déception et amertume
Il n’y a eu ni cris de joie, ni hurlements de douleur. Beaucoup de larmes silencieuses et un dépit partagé de part et d’autre de la salle. Dépit sur les bancs des parties civiles qui attendaient la reconnaissance de la complicité d’assassinats, persuadées qu’ Abdelkader Merah connaissait les projets mortifères de son cadet. Dépit du côté de la défense qui estime que les éléments permettant de retenir l’association de malfaiteurs n’étaient pas suffisants.

Longuement après l’annonce des peines, les mères de deux militaires tués, Mohamed Legouad et Imad Ibn Ziaten, se sont enlacées, en larmes. Latifa Ibn Ziaten a dénoncé « la naïveté » des juges : « Il a aidé son frère. (…) Il faut qu’on se réveille pour protéger notre pays, nos enfants. Les gens comme lui sont des gens dangereux (…) Dans 15 ans, il sera dans la rue et sera un danger pour nos jeunes, il fera des dégâts ». La sortie remarquée de l’avocat d’Abdelkader Merah, Éric Dupond-Moretti, face à la nuée de caméras plantées aux pieds de la salle Voltaire a provoqué des sifflements. Le pénaliste a annoncé qu’il envisageait de faire appel.

Idem pour les avocats de Fettah Malki. « Ce qui est décevant c’est de ne pas avoir convaincu la cour qu’on ne pouvait pas le juger comme s’il avait été au courant de l’intention djihadiste de Mohamed Merah. c’est avec une certaine amertume que nous retenons cette décision. Il est effondré qu’on puisse le considérer comme terroriste », a déclaré Me Etelin. Son confrère, Me Martial, juge que Fettah Malki « paie la nouvelle définition du terrorisme ».

Le vol du scooter, la radicalisation et les fichiers audios
La cour a estimé que la participation au vol du scooter T-Max, l’adhésion « intellectuelle » et « idéologique » aux thèses islamistes radicales, la découverte des fichiers audio djihadistes et « l’adhésion de principe au projet de son frère » permettaient de caractériser l’association de malfaiteurs terroriste criminelle. En revanche, le président a souligné qu’aucune preuve matérielle ne permettait de relier Abdelkader Merah à la commission des assassinats de Toulouse et Montauban. « Mohamed Merah a toujours été seul dans la réalisation de ses crimes », a conclu Frank Zientara.

Le poids accordé à l’opinion publique, l’émotion écrasante portée par les familles des victimes et l’absence terrible, omniprésente du principal accusé augurent pourtant de ce que seront les prochains grands procès terroristes français.

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